Ce que la cigarette m'a appris

Mon initiation à la pleine conscience

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Mon premier amour était un gros fumeur. A seulement quatorze ans il fumait absolument partout et tout le temps. A l’époque cela ne me dérangeait pas, c’était une partie de lui, j’aimais l’odeur du tabac comme je l’aimais lui. Je n’ai pas eu envie de fumer à ce moment-là. Et même aujourd’hui, je me surprends parfois dans un moment madeleine de Proust : alors que la plupart du temps la fumée m'incommode, pour moi le tabac, c’est aussi, parfois, l’odeur délicieuse de l’amour.

C'est vers mes dix-sept ans, que j’ai commencé à fumer. Pour des raisons sociales comme la plupart des gens. Essayer comme tout le monde, trouver ça dégueu, et réessayer quand même, avec l’idée qu’il y avait un truc que je n’avais pas encore compris… 

Mes années étudiantes, entre la clope à chaque pause et les soirées arrosées, ont été des années où j’ai beaucoup fumé. Et puis mon corps a commencé à dire stop. Aucune pathologie médicale déclarée. Simplement je sentais le trop plein. Parfois, après des week-ends ou des vacances, « festives » par définition, je sentais un profond ras-le-bol physique et j’arrêtais spontanément de fumer. Jusqu’à la prochaine situation sociale où je taxais une clope ou deux et finissait rapidement par capituler. Vers 30 ans, j’étais très ambivalente avec la cigarette, en mode « je t’aime, moi non plus ». Une envie de vivre sans, une impuissance à le faire.

Je vivais alors avec un fumeur, heureux de l’être, et je répétais que tant qu’il fumait, c’était peine perdue que je tente d’arrêter. C’est alors que son père lui a offert le livre d’Allen Car, La méthode simple pour en finir avec la cigarette. Il a commencé à le lire en se marrant, par curiosité. Un mois après il a soudainement arrêté de fumer! Mon excuse pour repousser l’échéance n’était plus ! A la fois intriguée et mise au pied du mur, j’ai lu ce livre deux fois d’affilé avant d’arrêter de fumer pendant 4 ans, puis de reprendre dans un moment de découragement. J’ai dû accepter de redevenir fumeuse pendant un temps, puis j’ai de nouveau arrêté en 2012, toujours avec ce livre.

Avant mon dernier arrêt, je me suis interrogée sur mon échec précédent. J’avais arrêté 4 ans, je pensais vraiment que ce serait pour toujours ! C’est justement cela qui a été mon erreur. Oublier que j’avais été fumeuse. M’être trop habituée à être non-fumeuse, au point de ne plus penser que j’étais en fait une ex-fumeuse, ce qui n’a rien à voir.

Alors cette fois-ci j’ai ajouté quelque chose à ma méthode. Oui, je n'ai jamais su respecter une méthode à la lettre, j'ai toujours une forme d'appropriation de ce que l'on me propose. Je me suis promis de ne jamais oublier. Pour cela j’ai mis quelques trucs en places :

  • Une date anniversaire dans mon agenda pour célébrer : une fois par an je prends le temps de repenser à mon histoire avec la cigarette, je visualise le lieu et les circonstances de ma dernière cigarette, je me souviens de mon sentiment de liberté intérieure après, de la confiance en moi, de la simplicité et du bien-être quotidien, que cela m’a apporté…
  • Quand je passe devant le tabac à côté de chez moi, ouverts 7/7 et tard le soir, je me souviens : des dimanches d’hiver où je sortais exprès pour m’acheter des clopes, de la queue systématique, dehors, en soirée, et aussi de la trahison de la semaine du 15 août, seul moment de l’année où il était fermé.
  • A chaque fois que la conversation arrive sur la cigarette, je dis que je suis une ancienne fumeuse. Pas pour informer les autres… mais pour me le dire à moi-même. C'est peut-être ce qui est le plus efficace.

Je ne sais pas combien de fois j’ai arrêté de fumer, ni même si ma « dernière cigarette » est la dernière de ma vie. Ce que je sais c’est que c’est comme tout, plus on s’entraine plus cela fonctionne.

Curieusement aujourd’hui je me sens privilégiée d’avoir vécue tout cela. Parce qu’en arrêtant de fumer, j’ai appris des choses bien au-delà de la cigarette.

Je suis devenue beaucoup plus compréhensive avec les fumeurs et les non-fumeurs (et aussi ceux addicts à d'autres drogues, qui ne sont pas toujours identifiées comme telles). Et cela m’a rendu plus respectueuse de nos différences de parcours et de visions.

J’ai appris que :

« La seule façon de ne pas faire quelque chose, est de ne pas en avoir envie ». Allen Carr

Son discours qui discrédite la « volonté » s’est avéré probant pour moi dans bien d’autres domaines de l’existence. L’autre sujet que je trouve très important dans sa réflexion est la prise de conscience : lorsque l'on analyse vraiment quand, pourquoi, comment on fume, on se rend compte que la question n’est pas la cigarette, mais ce qu’on lui attribue comme pouvoirs. Pouvoirs qu’elle n’a pas.

J’ai réalisé qu’il y a beaucoup de choses dans ma vie que je faisais ou fais encore pour de mauvaises raisons. C’est-à-dire parce que j’ai l’illusion que cela va m’apporter quelque chose, l’illusion que j’ai absolument besoin de cette chose-là. Ou parce « qu’il faut ».

Et tout cela n’a rien à voir avec la cigarette. Cela concerne la vie dans son ensemble. En quelque sorte le livre d’Allen Carr a été pour moi, comme une porte, une ouverture vers un mode de vie en "en conscience"... à une époque où je n'avais pas ce vocabulaire,  une époque où ce mot n'était pas si populaire. Je parlais simplement de la "vraie vie", une forme d'intensité dans le quotidien qui était ma quête depuis toujours.

Si tu veux consulter un autre article sur les dépendances, je t'invite à lire celui-ci sur l'alcool. C'est drôle, je réalise qu'il parle aussi d'amour! 

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