Ce que l'alcool m'a appris (1/2)

Naître, vivre et mourir seul

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L’alcool est une illusion bien commode

Fraîchement arrivée à Paris, je travaillais depuis quelques années. C’était une époque joyeuse. Mes amis et moi continuions à organiser des fêtes comme dans nos années d’étudiants. Un jour, j’arrivais dans l’une d’entre elle, et, dans cet appartement bondé d’amis d’amis, il me fut présenté. Une clope dans une main, un verre dans l’autre, il avait un sourire jusqu’aux oreilles, d’immenses yeux bleus qui se sont posés sur moi, comme s’ils n’allaient plus jamais regarder ailleurs. Il aimait faire la fête, c’est-à-dire, boire, fumer, danser et chanter sa joie d’être en vie, jusqu’au bout de la nuit. Tout comme moi. Après ce moment, nous ne nous sommes plus quittés. C’était le genre d’homme à m’appeler un samedi matin, pour me dire : 

« Ma chérie, je suis en bas, j’ai emprunté la voiture d’un pote, descend, je t’enlève pour le week-end. » 

Quelques heures après nous nous retrouvions sur le lieu du dernier roman que j’avais adoré. Sa folie s’accordait à la mienne, une dose d’extraordinaire pour nous sentir intensément vivants.

Quelques mois après, il emménagea chez moi. J’habitais dans un deux-pièces de 40 mètres carrés du centre de Paris, de l’ancien rénové, empli de soleil. J’en étais fière. Il symbolisait ma « réussite professionnelle ». [Tu noteras les guillemets et le fait que te raconter cela me fait sourire aujourd’hui, tellement la notion de réussite a évoluée en moi.]

Nos jeux amoureux et notre besoin, de rêver d’un monde meilleur nous amenaient parfois très tard dans la nuit. Juste Lui et Moi.

Enfin, c’est ce que je croyais. 

Un jour, j’ai dû me rendre à l’évidence, nous n’étions pas deux, mais trois. Lui, Moi et Elle. Elle, c’était la bouteille. Cela ne veut pas dire que nous étions saouls tous les jours, ni même que nous buvions dans la journée. C’était bien plus subtil : nous étions fêtards. Des fêtards responsables avec une vie professionnelle sérieuse. Le matin, on se levait et on allait bosser. Le soir, il nous était habituel de boire un ou deux verres, un petit cocktail maison, du vin, de la bière. La vie normale de bons vivants. Evidemment, les week-ends, c’était davantage. Normal pour nous, nos amis, la société.

Un dimanche soir, nous nous sommes disputés. Il avait lu des échanges de mails entre moi et mon ex-petit ami et faisait une crise de jalousie. Si ces messages étaient très explicites sur la nature du lien, ils l’étaient tout autant sur la datation : bien avant notre rencontre. Me sentant agressée par son intrusion dans ma messagerie et scotchée par le fait qu’il puisse s’imaginer que je sois toujours en lien avec mon ex, je n’ai pas réagi avec beaucoup de douceur... Il est devenu fou de douleur, étranger à la chronologie des faits et à mes propos. J’ai tenté de le ramener à la réalité calmement par la parole. Je me suis avancée pour le prendre dans mes bras. Il m’a alors crié :

 “Ne t’approche pas!” 

sur un ton suppliant plus qu’autoritaire. J’ai eu la sagesse d’arrêter mon geste de tendresse et de me taire. Ma petite voix intérieure me disait que sinon, la violence verbale passerait par le corps.

Il a eu besoin d’un verre, il n’y avait pas d’alcool à la maison. Il est sorti. J’ai refusé de le suivre. Je ne voyais pas en quoi prendre un verre allait nous apaiser. J’avais besoin de dormir pour travailler le lendemain et aussi de solitude pour décanter la dispute. Il est rentré à quatre heure du matin, très alcoolisé.

Le lendemain, il m’a confirmé qu’il avait eu l’impression que si je l’avais touché à ce moment-là, il m’aurait frappée sans pouvoir se contrôler.

Cette soirée a été un élément déclencheur pour moi. J’ai commencé à nous regarder autrement. 

L’alcool désinhibe, facilite les confidences, permet d’oser le lien d’amour et la sensation d’intimité. C’est avec l’alcool que nous nous étions rencontrés, que nous avions osé exprimer notre amour et commencer à le vivre. Intimes, nous pensions l’être. J’ai senti à l’époque qu’il y avait un déséquilibre dans notre lien. L'un comme l’autre, nous tentions de panser nos blessures. Sans le savoir, nous étions dans l’illusion d’intimité. L’alcool était un ingrédient pour entretenir cette illusion… C’était aussi un empêchement à ce que cette intimité soit réelle.

Je l’aimais toujours, je me sentais impuissante, triste et je ne croyais plus en nous. J’ai décidé de le quitter. Je lui ai demandé de partir de chez moi. Il a dit non, qu’il ne pouvait pas. J’ai alors demandé de l’aide à des amis communs et finalement, il est parti.

Notre entourage reconnaissait que lui avait un problème avec l'alcool et que ce n’était pas mon cas. A la lumière des critères de l’alcoolisme sur un plan médical, ils avaient raison. 

Pourtant, si l’amour s’était manifesté entre nous, c’est notamment parce que j’étais tout autant déconnectée de moi-même que lui l’étais de lui-même. Si le couple est en miroir, c’est toujours plus facile à voir chez l’autre !

Est-ce que cette histoire te parle ? 

La leçon de cette épisode qui vaut pour tous, y compris pour ceux qui ne sont pas alcooliques

Je fais une incise sur la violence physique qui est souvent associée à l’alcoolisme, tout comme les excès de jalousie. Si la corrélation existe, ce n’est pourtant pas un rapport de cause à effet. Ce n’est pas parce qu’on a un lien de dépendance à l’alcool que l’on est violent ou malade de jalousie. C’est la cause de la dépendance et la profondeur de l'insécurité ressentie qui provoquent ces comportements.

La plus grande leçon de cette histoire est que, à y regarder autrement, chacun de nous avait la même difficulté : s’accueillir soi-même, accepter d’être un. Si cela est facilement identifiable dans les phénomènes de dépendance reconnus, cela provient d’une blessure commune à tous les être humains.

Cette blessure originelle, celle d'avoir été séparé à la naissance du ventre maternel, celle de ne pouvoir être seul… Autrement dit dans la simple compagnie de soi-m’aime.

Ce qui explique que le phénomène de “manque” propre aux dépendances, s’avère toujours un manque de soi-même, de connexion à son intériorité. Le paradoxe, c’est qu’une fois dépassée cette peur, la connexion intérieure ouvre un espace où la peur de la solitude s’évanouit: “se sentir seul” n’existe plus.

Pour éviter le manque et la peur de la solitude, nous avons tous des techniques souvent inconscientes, plus ou moins visibles et acceptables socialement. 

Il y a les addictions reconnues comme telles, alcool, tabac et autres substances, ou encore les jeux vidéo. D’autres sont moins visibles et sont de même nature : la sociabilité exacerbée, allumer la radio ou faire défiler les séries sur Netflix sans y prêter attention pour sentir une “présence”, se noyer dans le métro-boulot-dodo, investir son travail, sa vie de famille ou une “bonne cause” de façon excessive…. Je m’arrête là! Oui, tout peut être une illusion de solution pour éviter d’être face à soi-même.

C'est une affaire de circonstances et de durée : combien de temps faudra-t-il à la personne pour réaliser qu’elle se fuit elle-même ? Quel sera l’élément déclencheur pour que nier ne soit plus possible, que cela génère assez de souffrance pour s’ouvrir à la transformation ?

Ma pratique de coach m’amène une certitude : comprendre et accepter d’être seul lors de notre passage sur Terre est à la fois très difficile et indispensable.

L’authenticité du lien que j’ai avec toi ici m’incite à une précision. Les éléments déclencheurs de cette compréhension chez moi sont anciens, j’ai donc de la pratique. Pourtant, il m’arrive de me surprendre en flagrant délit de déni de cette réalité. C'est humain.

Accepter de naître, vivre et mourir seul est clef pour vivre en harmonie avec soi et les autres, se réaliser et s’épanouir.

C’est indispensable pour accéder à la magie du quotidien!

Mon histoire de personne non-alcoolique qui “boit de l’alcool comme tout le monde”, a connu un autre épisode très enseignant également, que je t’invite à consulter cet article.

Coach intuitive, auteure et conférencière

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